J’étais si tranquille
Seigneur, pourquoi m’as-tu dit d’aimer tous mes frères les hommes ? J’ai essayé, mais vers toi je reviens, effrayée ! J’étais si tranquille chez moi. Je m’étais organisée, je m’étais installée. Mon intérieur était confortable et je m’y trouvais bien. Seule, j’étais d’accord avec moi-même, à l’ abri du vent, de la pluie et des voyous, et je serais restée dans ma tour enfermée ! Mais à ma forteresse, tu as découvert une faille, tu m’as forcée à entrouvrir ma porte.
Comme une rafale de pluie en pleine face, le cri des hommes m’a réveillée. Comme un vent de bourrasque, une amitié m’a ébranlée. Comme s’insinue un rayon de soleil, ta grâce m’a inquiétée. Et j’ai laissé ma porte entrouverte, imprudente que j’étais ! Dehors, les hommes me guettaient.
Ils sont entrés chez moi les premiers ! Il y avait tout de même un peu de place en mon cœur; jusque-là c’était raisonnable. Mais les suivants, les autres hommes, je ne les avais pas vus, les premiers les cachaient, ils étaient plus nombreux, ils étaient plus misérables, ils m’ont envahie sans crier gare ! Il a fallu se resserrer, il a fallu faire de la place pour eux chez moi.
Maintenant ils sont venus de partout, par vagues successives… L’un poussant l’autre, bousculant l’autre. Ils sont venus de partout, de la ville entière, de la nation, du monde… innombrables, inépuisables.
Et ils ne sont plus seuls, mais chargés de bagages: bagages d’injustices, bagages de rancœur et de haine, bagages de souffrance et de péché. Et ils traînent le monde derrière eux, avec tout son matériel rouillé et tordu, ou trop neuf et mal adapté.
Seigneur, ils me font mal, ils sont encombrants, ils sont envahissants. Ils ont faim, ils me dévorent.
Je ne puis rien faire: plus ils entrent, plus ils poussent la porte ! Et plus la porte s’ouvre.
Ah ! Seigneur, j’ai tout perdu, je ne suis plus à moi. Il n’y a plus de place pour moi, chez moi !
Ne crains rien, dit Dieu, tu as tout gagné ! Car, tandis que les hommes entraient chez toi, moi ton Père, moi ton Seigneur, je me suis glissé parmi eux.
Michel QUOIST (1921-1997)
(Prêtre et écrivain)




Je vous souhaite la lumière
Seigneur, nous avons
Seigneur, dans l’Evangile, tu as souvent parlé de paix.
Le monde a peur. Les hommes sont inquiets, essoufflés par tant de progrès.
Ecrivons le beau nom d’espérance en tête de nos dossiers et de nos activités, écrivons-le sur nos lendemains, écrivons-le dans notre cœur et dans notre intelligence, écrivons-le dans la chair vivante de notre petite histoire personnelle et de la grande histoire de l’humanité.
Dieu défenseur, protecteur, secours, forteresse, autant de titres qui font de l’image de Dieu comme un rempart à notre détresse. Le texte est d’Ali ibn al Husayn, imam chiite qui mourut en 712-713 du calendrier chrétien.
Moi, Dieu, je leur ai donné le Monde. J’y ai mis des richesses inépuisables, afin qu’ils puissent vivre et être heureux. Il y en a partout, ils en découvrent chaque jour. Ils les transforment, en font des nouvelles. Et moi, Dieu, j’admire ces créations nouvelles dues à l’intelligence que je leur ai donnée.
« Dis, est-ce que tu m’aimes ? »





