ACAT SELESTAT

ACTION DES CHRETIENS POUR L’ABOLITION DE LA TORTURE
« Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites »  -  Matthieu (25-40)

De l’étrange dans mon ciel.

Il y avait de l’étrange dans mon ciel, et je ne le savais pas.
Mon ciel était au-dessus de mes toits et mes étoiles,
Je croyais les connaître toutes,
Mais toi, l’étranger, tu m’as dit d’autres toits, d’autres cieux,
Et tu as fait se lever des astres que je ne connaissais pas.

Il y avait de l’étrange dans ma terre, et je ne le savais pas.
Mes jardins étaient couverts de pommiers et de mirabelliers,
Mais toi, l’étranger, tu as planté dans ma terre
Des fleurs de palmiers et des plants d’olivier,
Et tu as fait jaillir une sève que je ne connaissais pas.

Il y avait de l’étrange dans ma langue, et je ne le savais pas.
Ma langue chantait en patois et dialectes,
Mais toi, l’étranger, tu es venu avec d’autres notes et paroles,
Et tu as fredonné des airs que je ne connaissais pas.

Il y avait de l’étrange dans ma peau, et je ne le savais pas.
Ma peau à moi rêvait de noir d’ébène et de jaune sable,
Mais toi, l’étranger, tu m’as révélé des couleurs inouïes,
Et tu as dessiné des arcs-en-ciel que je ne connaissais pas.

Rober Riber  Prêtre et Poète (1935-2013)

Robert-Riber

Fais éclater ta Pentecôte.

pentecoteNous sommes à bout de souffle, Seigneur, mais tu nous viens tout entier, de toute ta force, de toute ta ferveur, de tout ton Souffle brûlant…

Aide-nous à déchiffrer ta face incandescente

sur le visage de l’étranger ou de l’étrangère !

Dis-nous comment accueillir autrui dans sa vérité,

dans sa langue et son langage,

dans ses ténèbres ou sa foi,

l’accueillir au cœur de ta silencieuse présence !

Apprends-nous comment laisser brûler ce feu du dedans qui nous vient d’en haut à chaque Pentecôte de nos vies, comment laisser éclore cette tendresse des entrailles qui pousse aux gestes les plus fous, aux intercessions les plus audacieuses !

Dans l’étroitesse de nos demeures,

entre dans nos barricades les plus sacrées,

fais éclater ta Pentecôte, qu’elle nous donne

un second souffle !

Viens toi-même intercéder en nous

pour les êtres qui souffrent…

pour les êtres qui blessent et qui détruisent …

pour les êtres dont l’humanité est en danger…

Ô Dieu, donne Souffle à notre prière !

Pasteur Lytta Basset

In « Traces vives », éd. Labor et Fides, 1997

A bon port

soleil couchantHeureux celui qui arrive à bon port,

Qui laisse derrière lui les mers et les tempêtes,

Dont les rêves sont morts ou jamais ne sont nés,

Et qui s’assied, qui boit, à l’auberge de Brême,

Près de l’âtre, et il se sent en paix.

Heureux celui comme une flamme éteinte,

Heureux celui comme le sable des estuaires,

Qui a posé le fardeau, s’est essuyé le front

Et repose au bord du chemin.

Il ne craint rien, ni n’espère, ni n’attend,

Mais regarde, fixement, le soleil qui se couche.

Primo Levi

(poème extrait de  » L’osteria di Brema  » – 1975)

Seigneur, je viens d’écrire une lettre…

Je viens d’écrire pour un homme, un homme qu’on a arrêté et emprisonné, un homme que je n’ai jamais vu et que je ne verrai sans doute jamais… à moins que, un jour…

Je viens d’écrire pour un homme, Seigneur, un homme dont, hier encore, j’ignorais même l’existence, un homme dont maintenant je connais le nom, le nom et le prénom…

Je viens d’écrire pour un homme, un homme dont on m’a dit l’immense détresse et l’horrible souffrance; pour un homme condamné, condamné pour avoir choisi de défendre la justice et la liberté de s’exprimer, comme l’autorisait pourtant la loi de son pays…

Je viens d’écrire pour un homme, un homme dont l’univers de vie n’est plus que la prison, le cachot, les interrogatoires sans fin sous la torture ou le séjour illimité en hôpital spécialisé…

Je viens d’écrire pour un homme, un homme dont on a décidé la mise en isolement total, comme pour le rayer de la terre des vivants, comme pour le faire oublier, pour qu’il n’existe plus.

Alors je viens d’écrire une lettre, Seigneur, comme l’on fait beaucoup d’autres de mes frères et soeurs, pour que cet homme ne soit plus ignoré, considéré comme disparu, tenu pour mort mais, au contraire, qu’il soit connu et reconnu comme Vivant…

… Seigneur, je viens d’écrire une lettre.

 

Texte communiqué par Soeur S. Jacob (session Droits de l’homme – Issenheim, 2-3/12/1989)

 

Prière pour l’enfant meurtri.

enfantSeigneur, ton fils est né enfant dans les bras de Marie,

Il est venu ainsi partager notre vie.

Aussi faible que nous, il a vécu la violence,

Et sur la croix, il a porté nos souffrances.

 

Quand un enfant pleure, Seigneur,

Tu souffres avec lui.

Donne à tous les adultes

De te reconnaître en ces enfants meurtris,

Et entoure chacun d’eux de ta tendre présence.

 

Seigneur, offre à tous les petits le rire et l’espérance,

Verse dans nos coeurs les flots de ton amour,

Insuffle-nous la force de toujours porter secours.

Avec toi, nous le croyons,

Nous vaincrons la violence et bâtirons la paix.

Amen.

Libre comme l’air…

libre comme l'air...Libre comme l’air…
comme nos pensées…

L’air, le souffle de vie que l’on n’arrête pas
Vent de liberté pour toi, pour moi !

L’air courant libre
Il va, il vient à sa guise.

Libres comme nos pensées elles aussi
Pensées que nul ne peut décrypter, c’est ainsi !

Pensées d’espérance qui viennent sans peur
Se poser au fond de ton cœur.

C’est là notre liberté, la tienne, la mienne, la nôtre
Un ouragan de pensées qui deviennent force

Un courant d’air libre traversant ta prison insensée
Devenant messager fraternel et que les barreaux ne peuvent arrêter

Une brise douce, invisible à ton bourreau
Qui vient caresser tes membres meurtris.

Accueille ce souffle, souffle de Dieu
Tel un baume pour ton cœur qui restera libre en tout lieu.

Libre comme l’air !
Libre comme tes pensées…

 

Gabrielle (groupe ACAT de Sélestat – décembre 2014)

Notre Père qui n’est pas aux cieux…

Dieu au millieu des hommesNotre Père qui n’est pas aux cieux, mais au creux de la terre, dans la boue de nos jours,

Toi le Très-Concret qui ne néglige pas nos affaires humaines, mais les éclaire de ta Parole,

Donne-nous de prendre part à l’effort quotidien qui entretient le monde et la place dont l’homme jouit.

Ne nous soumets pas à la tentation d’être de purs esprits, mais donne-nous le courage de l’action et le discernement dans nos contradictions.

Quels que soient nos engagements et nos responsabilités, rappelle-nous que c’est à toi qu’appartiennent le règne véritable, la puissance et la gloire.

Fais-nous dire NON

nonSeigneur, nous avons dit NON à la torture. Nous n’avons pas dit non à beaucoup de fléaux, mais nous avons dit non à celui-là. Il est, pour nous, l’horreur des horreurs ; parmi toutes les violences, la plus effroyablement insupportable. Celle qui ne dépend que de nous, et non des éléments.
Celle qui est abolie par le cœur.
Celle dont l’abolition n’a pas besoin de savants, ni d’intelligences, mais seulement d’un groupe toujours plus nombreux d’hommes de bonne volonté.
Aide-nous à développer une force d’amour qui soit comparable à l’énergie nucléaire, comme le disait Don Helder Camara.
Aide-nous à imaginer des actions avec tous ceux qui concourent à l’abolition de la torture : les parents, les professeurs, les policiers, les magistrats, les avocats, les journalistes, les médecins, les prédicateurs de toutes les églises…
Fais-nous dire NON, chaque jour, tous ensemble, à toute violence institutionnelle,
Quoiqu’il en coûte de travail, de courage, de retombées professionnelles, quoiqu’il en coûte :
Etre chrétiens d’abord, être tes disciples.

D’après un texte de Danielle Mérian, juin 1978 (Courrier de l’ACAT N° 9)

 

Citations :

« Jésus vivant nous appelle à continuer une histoire sainte faite de libérations. » (Guy Aurenche)

« On n’est pas seulement responsable de ce que l’on fait, mais aussi de ce qu’on laisse faire. » (Roman Herzog, ancien président allemand)

J’étais si tranquille

Seigneur, pourquoi m’as-tu dit d’aimer tous mes frères les hommes ? J’ai essayé, mais vers toi je reviens, effrayée ! J’étais si tranquille chez moi.  Je m’étais organisée, je m’étais installée.  Mon intérieur était confortable et je m’y trouvais bien. Seule, j’étais d’accord avec moi-même, à l’ abri du vent, de la pluie et des voyous, et je serais restée dans ma tour enfermée ! Mais à ma forteresse, tu as découvert une faille, tu m’as forcée à entrouvrir ma porte.

Comme une rafale de pluie en pleine face, le cri des hommes m’a réveillée. Comme un vent de bourrasque, une amitié m’a ébranlée. Comme s’insinue un rayon de soleil, ta grâce m’a inquiétée. Et j’ai laissé ma porte entrouverte, imprudente que j’étais ! Dehors, les hommes me guettaient.

Ils sont entrés chez moi les premiers ! Il y avait tout de même un peu de place en mon cœur; jusque-là c’était raisonnable. Mais les suivants, les autres hommes, je ne les avais pas vus, les premiers les cachaient, ils étaient plus nombreux, ils étaient plus misérables, ils m’ont envahie sans crier gare ! Il a fallu se resserrer, il a fallu faire de la place pour eux chez moi.

Maintenant ils sont venus de partout, par vagues successives… L’un poussant l’autre, bousculant l’autre. Ils sont venus de partout, de la ville entière, de la nation, du monde… innombrables, inépuisables.

Et ils ne sont plus seuls, mais chargés de bagages: bagages d’injustices, bagages de rancœur et de haine, bagages de souffrance et de péché. Et ils traînent le monde derrière eux, avec tout son matériel rouillé et tordu, ou trop neuf et mal adapté.

Seigneur, ils me font mal, ils sont encombrants, ils sont envahissants. Ils ont faim, ils me dévorent.

Je ne puis rien faire: plus ils entrent, plus ils poussent la porte ! Et plus la porte s’ouvre.

Ah ! Seigneur, j’ai tout perdu, je ne suis plus à moi. Il n’y a plus de place pour moi, chez moi !

Ne crains rien, dit Dieu, tu as tout gagné ! Car, tandis que les hommes entraient chez toi, moi ton Père, moi ton Seigneur, je me suis glissé parmi eux.

Michel QUOIST (1921-1997)

(Prêtre et écrivain)

Nouvelle année: Voeux de lumière

Meilleurs voeux de lumière à tous !Je vous souhaite la lumière
qui vient de la tendresse donnée et reçue :
elle fait reculer les frontières de toutes les nuits !

Je vous souhaite la lumière
qui vient du Christ.
Si vous avancez avec lui,
recevant son pain et sa parole,
quelle nuit pourrait s’emparer de vous ?

Je vous souhaite la lumière
qui vient de la joie
lorsque le partage est accompli.
Si des frères sont relevés dans leur humanité,
la nuit perd son pouvoir sur la terre !

Je vous souhaite la lumière
qui vient du dialogue renoué
car lorsque les séparés se parlent
le jour commence à danser sur la nuit !

Si d’une façon ou d’une autre,
humblement, fidèlement, avec persévérance
quelques fragments de lumière
jaillissent de vos mains et de vos paroles,
quelle année de clarté
ce sera pour toute la terre !

Charles Singer



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